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À propos de Charlie

Rassemblement à Annecy

J'ai souhaité inaugurer notre rubrique "à propos" en revenant sur la tragédie du journal "Charlie Hebdo".
Cette tragédie s'est révélée être un traumatisme national et même, dans une moindre mesure, internationale. Pour des raisons plurielles la population française a été bouleversée par l'attentat ignoble perpétré contre ce journal et a réagi dans la dignité dans un mouvement collectif d'une ampleur remarquable.
Pourquoi en reparler ici ?

Notre site, dans son expression citoyenne, est né de cette conviction, qu'il ne peut y avoir de vraies démocraties sans que les citoyens qui s'en réclament n'aient accès à une information déontologiquement irréprochable et affranchi de toutes dépendances financières et politiques.
En exécutant les membres de la rédaction de ce journal les assassins fanatiques se sont attaqués à un pilier essentiel de la démocratie : La liberté de la presse.
La relation d'un fait n'est jamais objective. Les mots employés pour le décrire lui donneront un relief, une orientation dont, inconsciemment ou non, le narrateur sera l'artisan. Il est donc nécessaire d'avoir à sa disposition plusieurs regards sur un même événement pour pouvoir en faire une synthèse approchant la vérité. Mais un journal ne peut être au-dessus de tout soupçon que s'il n'est pas en situation de conflit d'intérêt. S'il doit sa survie à des capitaux provenant d'une industrie marchande il est de facto muselé par cette industrie qui empêchera la diffusion de toute information qui lui serait défavorable. Et ce, quelle que soit l'honnêteté qu'il revendique.
La majeure partie de la presse est dans ce cas aujourd'hui. Soit elle tire ses ressources principales de ses annonceurs publicitaires soit elle est la propriété de groupes industriels ou financiers, souvent, d'ailleurs, elle cumule ces deux entraves. Les journaux télévisés sont à ce titre exemplaires en servant à ses téléspectateurs une soupe qui garantira leur fidélité de façon à satisfaire des annonceurs avides d'"audimat".
La fiabilité de l'information est inversement proportionnelle à la dépendance financière de l'organe de presse qui la diffuse. Quand à l'investigation il va sans dire qu'elle ne supporte aucune compromission avec les intérêts particuliers. Par essence, luttant contre la corruption et la prévarication elle doit avoir les mains libres et propres.
Alors, quand, à Annecy, je marchais ce Dimanche 11 janvier de large communion au milieu d'une foule considérable en brandissant modestement ma petite pancarte "je suis Charlie", je m'interrogeais sur la raison de ce soudain ras de marée.
Charlie Hebdo est depuis de longs mois en graves difficultés. Ne vivant que par ses lecteurs et le dévouement de ses employés, il meurt à petit feu.
Je suis Charlie sans être lecteur de ce journal dont le ton ne correspond pas à mes attentes. Mais je suis Charlie dans ce sens où j'ai toujours milité pour une presse libre qui ne rend compte qu'à ses lecteurs. Je suis abonné avec reconduction automatique au journal Politis ainsi qu'à Médiapart et j'achète régulièrement le Canard enchaîné, illustré lui aussi par nos chers disparus. Aucune page de pub ne vient polluer ma lecture. Aucune suspicion sur la sincérité des articles viendra en décrédibiliser le contenu. Seule l'inévitable subjectivité des journalistes me maintient circonspect. D'autres journaux répondent à ces critères. Ils sont, hélas, souvent marginaux, et leur équilibre financier souvent précaire. Charlie hebdo en est un exemple, tirant à 30 000 exemplaires avant l'attentat.
Il va de soi que la presse dépendante compte parmi ses journalistes un certain nombre de professionnels consciencieux et scrupuleux. Mais aussi bien disposés soient-ils ils seront un jour ou l'autre conduits à taire un scandale ou à en édulcorer les conséquences pour ne pas risquer leur emploi.
J'espère, sans démesure, que sur ces milliers de personnes réunies lors de ce désormais historique Dimanche, il y en a quelques-unes qui deviendront Charlie à long terme et que l'horreur de ses crimes absurdes accouchera de nouvelles consciences citoyennes. Je veux croire qu'il ne s'agisse pas d'un "téléthon" de plus ou d'une journée de Charlie comme il y a une journée de la femme.
Si nous avons les politiques que l'on mérite, nous avons aussi les journaux que l'on cautionne.
Soyons vigilants et postons des sentinelles dignes de confiance. Notre démocratie sera mieux gardée.

Philippe Renck

Mots-clés: Politique

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