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Les hauts fourneaux de Giez

Histoire


Au XVIe siècle la sidérurgie dans le massif des Bauges se développe sensiblement. Elle est une source de revenus complémentaire pour les paysans. Les principaux acteurs de cette industrie sont les établissements religieux, l'abbaye de Tamié, la chartreuse d'Aillon et le prieuré de Bellevaux.

Les mines de fers locales sont trop maigres pour alimenter les hauts fourneaux baujus et les usines ont recours à la production de la vallée de la Maurienne, principalement celle de Saint-Georges-d'Hurtières. Cette dépendance était contrebalancée par la présence de deux sources d'énergie indispensables : Le bois, pour le combustible, et l'eau, pour la force motrice. l'expansion de la sidérurgie durant les deux siècles suivants se voit perturbée par la période révolutionnaire et peine à se maintenir.

louis frerejeanLa première révolution industrielle, au début du XIXe siècle relance la dynamique du secteur.
En 1812 le comte Théophile de Chevron Villette est autorisé par décret impérial à édifier un haut-fourneau à Giez. En attendant la production de sa future installation celui-ci rachète et exploite des forges avoisinantes. En avril 1816, Victor Emmanuel fait de lui le producteur exclusif de fer-blanc du royaume pour une durée de 15 ans. Jugeant qu'il fallait s'adjoindre des compétences qu'il ne possédait pas il fait appel à la famille Frèrejean, initialement implantée à Lyon. Ces industriels ont une expérience et une capacité d'innovation dominante dans la région. Ce sont aussi des entrepreneurs ambitieux et habiles. Ils déposséderont Bientôt Théophile de Chevron Villette de son projet. Par le biais du haut-fourneau de Giez, ils investissent la Savoie, s'établissent à Cran et en Maurienne. Ils deviennent prépondérants dans le royaume jusqu'à son rattachement à la France en 1860. Le marché français, beaucoup plus concurrentiel, leur sera fatal. En 1866, l'usine de Giez est revendue à une entreprise de taffetas.

Technique


Plusieurs témoignages rendent compte des installations de Giez. Le haut-fourneau marque les esprits par ses dimensions exceptionnelles pour la région. Les Frèrejean construisent un haut-fourneau sur le modèle de celui du Creusot. Ils font venir le même appareilleur qu'en Bourgogne qui travaille pendant huit mois à Giez. Ce haut-fourneau marque un tournant technique pour la Savoie.
"Anciennement, et avant 1820, tous les hauts-fourneaux avaient la forme pyramidale sur trois faces. La poitrine, soit la face intérieure, était verticale. Aujourd'hui ils sont tous circulaires et présente la réunion base à base de deux cônes tronqués". L'ingénieur Replat, qui fait cette observation complimente et vante le site de Giez. Parmi 13 hauts fourneaux recensés "le plus important est sans contredit celui de Gyez".

Un élève ingénieur décrit le roulement du haut-fourneau en 1826 : "Le haut-fourneau reste en feu pendant 8 à 9 mois par an. Lors de l'ouverture de la campagne, le minerai n'est soumis au traitement qu'après avoir chauffé le fourneau par un feu de 8 à 10 jours entretenu constant sur toute la hauteur. La charge du minerai composée dans les proportions indiquées, est de 160 à 200 kg. On y ajoute 25 à 30 kg de pierre à chaux pour en faciliter la réduction ;
cette charge jetée par le gueulard sur le charbon en combustion, est d'abord suivie par une autre charge de charbon, moitié fayard et moitié sapin, sur laquelle succède une nouvelle charge en minerai et ainsi de suite, toujours en alternant à mesure qu'il y a réduction de minerai à l'état de fonte qui coule dans le bassin avant foyer. On charge de 40 en 40 minutes. Le traitement est conduit par 5 ouvriers dont 2 sont au gueulard pour alimenter le fourneau et 3 sont au bassin d'avant foyer pour régler l'écoulement de la fonte et pour écumer les scories. Le poste est de 6 heures ; après ce temps les ouvriers sont rarement relevés, de sorte qu'un ouvrier travaille 12 heures par jour. Les crasses qu'on tire du fourneau son rarement retraitées vu qu'elles sont très pauvres. Le mélange des minerais préparé de la manière énoncée rend 30 à 35 % de fonte. On traite ordinairement près de 1000 tonnes de minerais par an qui offrent près de 400 tonnes de fonte".

Les fours de deuxième fusion

L'usine de Giez est dotée d'un atelier de deuxième fusion. Deux fours sont construits : un four à réverbère et un cubilot. Les origines du four à réverbère se trouvent en Angleterre dans les années 1680. Il est généralement de forme allongée avec une haute cheminée rectangulaire. Le four à réverbère est né du transfert de la métallurgie des non-ferreux vers la sidérurgie. Il s'adapte au fer après avoir, dans le domaine de la métallurgie, constituer une véritable "coupure épistémologique" riche d'opportunités nouvelles, au rang desquels l'utilisation de la houille en lieu et place du charbon de bois. En effet le four à réverbère permet de fondre le matériau en le séparant du combustible, alors que jusqu'à là, la sidérurgie les avait toujours mélangés.
À Giez, le four à réverbère sert surtout à refondre la fonte de rebus et celle des débris des objets réalisés pour être ensuite moulés. En 1826, un rapport fournit la description suivante :
"La sole de ce fourneau est légèrement inclinée du côté de l'hôtel ; la voûte est renflée au-dessus de la chauffe et s'abaisse en s'éloignant de l'autel, afin que la flamme se dirige plus facilement sur la fonte placée sur la sole. La fonte en fusion est puisée avec une cuillère et versée dans les moules des objets à construire. L'action du feu dans ce fourneau est telle que l'on peut fondre 32 quintaux métriques de gueuse en moins de deux heures. Le combustible dont on fait usage est de la houille que l'on tire de la Rive-de-Gier, en France. La sole de ce fourneau est à refaire après la fusion d'une certaine quantité de fonte : À cet effet, tout près de la cheminée, se trouve une porte assez large pour permettre le passage d'un ouvrier. La cheminée qui détermine le courant air dans la chauffe est élevée de 20 m, elle est carrée sur 65 cm de côté ".

Il est quelques années plus tard alimenté par la houille d'Entrevernes. Le cubilot, ou four à la Wilkinson, est en fait un "demi-haut fourneau", alimenté au coke. Il sert à fondre le minerai pour mouler des objets de petites dimensions. Il est très utile lorsque le haut-fourneau n'est pas en roulement. Il fond également la gueuse quand elle est en gros morceaux. "Les parois de ce fourneau sont en argile réfractaire, elles sont armées extérieurement par des lastres en fer,". Ces notes de 1826 indiquent qu'ordinairement il reste à feu une demi-journée.
Ces fourneaux permettent à Giez de diversifier sa production de fonte en fonte brute et fonte moulée. L'usine est d'ailleurs l'unique producteur de fonte moulée de ce côté des Alpes. Le haut-fourneau fait sensation aux yeux des visiteurs. L'usine tout entière suscite l'admiration de ses contemporains. Si l'introduction de nouvelles techniques en Savoie permet de diversifier la production tout en l'augmentant, elle marque aussi la fin progressive de la technique de réduction bergamasque.

vestiges

Ci-dessus, le dernier vestige du haut-fourneau de Giez, visible au chef-lieu, au N-O du "Club house". Peut-être que la valorisation de ce patrimoine, témoin du passé industriel glorieux de notre commune, devrait-être envisagée…

L’usine de Giez, plus gros producteur de fonte du royaume


Entre 1815 et 1822, les trois principaux producteurs de fonte sont Epierre, Argentine et Randens. Dès 1822, date de la première mise à feu du haut-fourneau de Giez, la donne change. L'usine de Giez produit de la fonte brute et de la fonte moulée. Cette diversité la place en tête des producteurs. Entre 1823 et 1836, 57500 quintaux métriques de fonte y sont fabriqués. Pour comparaison, il sort du haut-fourneau d'Epierre 56560 quintaux métriques de fonte entre 1815 et 1836, et 54880 d'Argentine pendant les mêmes années. Le roulement de 1837-1838 à Giez rend 12400 quintaux métriques de fonte. L'usine fournit alors 28 % de la production savoyarde de ce côté des Alpes. Ses concurrents sont alors Randens avec 19 %, Epierre avec 17 % et enfin Argentine avec 14 %. Mais les usines d'Epierre et d'Argentine étant aussi exploitées par les Frèrejean, ces derniers totalisent donc 59 % de la production de fonte de ce côté des Alpes ; une proportion vouée à augmenter avec l'installation du premier haut-fourneau dans leur usine de Cran, qui produit déjà avec ses feux d'af­finerie 49 % du fer de ce côté des Alpes.
Ces chiffres nous permettent de prendre conscience de la main­mise des Frèrejean sur la production savoyarde, tant en fonte qu'en fer. La sidérurgie baujue change de visage dans cette première indus­trialisation. Le haut-fourneau de Giez rompt avec la tradition et fait à lui seul du massif des Bauges le premier producteur de fonte de ce côté des Alpes durant une vingtaine d'années.
L'initiative du comte de Chevron-Villette a offert une grande et dernière chance à la sidérurgie baujue. L'usine de Giez est née de ses ambitions, même s'il n'en avait pas les moyens. La venue des Frèrejean a été salvatrice. Cette famille a fait de Giez un établissement à la tech­nologie remarquée en son temps. Il s'agit d'un site majeur de la sidé­rurgie savoyarde de la première moitié du XIXe siècle. L'établissement apparaît dans une conjoncture passionnante. Après une sidérurgie baujue de propriétaires fonciers, pratiquée aux XVIIe et XVIIIe siècles, nous passons à une sidérurgie qui devient "industrielle". Quand le projet prend corps en 1816, la première vague d'industrialisation exige, pour le succès de toute nouvelle création, l'importation et l'adaptation de nouveaux procédés techniques. Si la conjoncture est différente, les acteurs le sont également. Pour édifier et rendre performante une usine, il ne suffit plus d'être un grand propriétaire foncier comme le comte de Villette. C'est à ce moment qu'interviennent les Frèrejean. Ils réunis­sent les conditions nécessaires à la réussite de l'entreprise. Ils repré­sentent parfaitement la nouvelle génération d'entrepreneur à laquelle ils appartiennent, "possédant à fond son métier, attentif à toutes les innovations, à la fois ingénieur et chef d'entreprise capable de diriger les usines et rompu à la pratique".

bouquin

 

Cet article est composé d'extraits du passionnant ouvrage "Les Bauges entre lacs et Isère" dans la collection "Mémoires et Documents" réalisé par la Société savoisienne d'histoire et d'archéologie en collaboration avec le Parc Régional du massif des Bauges

Vous pouvez lire aussi, signalé ci-dessous par Marie-Jeanne,"Les Maître de forges : la saga d'une dynastie lyonnaise", disponible à la bibliothèque de Giez

 

Mots-clés: Culture, Histoire, Économie

Commentaires   

0 #1 Marie-Jeanne Déronzier 15-08-2015 16:54
Actuellement à la bibliothèque : LES MAITRES DE FORGES : la saga d'une dynastie lyonnaise qui relate l'extraordinaire ascension de trois générations des FREREJEAN (de 1736 à 1886). On retrouve dans ce récit les relations devenues rapidement conflictuelles entre Louis FREREJEAN et le Comte de Chevron-Villette. Cette saga historique se lit comme un roman.
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0 #2 François Chatelain 15-08-2015 20:55
Les vestiges du haut fourneau présenté en photo devraient être mis en valeur. Au même titre que le patrimoine culturel, naturel ou cultuel, il représente une part de l'histoire de Giez. Dommage que son environnement ne fasse pas l'objet de la même attention que les espaces verts alentours...
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